Centrale nucléaire de Fessenheim

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La centrale nucléaire de Fessenheim est la première centrale nucléaire française REP900 en exploitation commerciale (depuis 1978), implantée en bordure du Grand Canal d'Alsace sur le territoire de la commune de Fessenheim (Alsace). Sa construction, décidée à la fin des années 1960 par les présidents Charles de Gaulle puis Georges Pompidou, repose sur la technologie des réacteurs à eau pressurisée de l'entreprise américaine Westinghouse Electric. La centrale est équipée de deux réacteurs d'une puissance installée de 900 MWe chacun. Fessenheim produit 1,5 % de l'électricité française et la moitié de la production alsacienne.

Bien que l'arrêt définitif de la centrale de Fessenheim ait été promis pour 2016 par François Hollande lors de sa campagne présidentielle de 2012, promesse réaffirmée en mars 2015, la ministre de l'écologie Ségolène Royal conditionne la fermeture de Fessenheim à l'ouverture du projet de réacteur pressurisé européen (EPR) de la Centrale nucléaire de Flamanville et prévoit la « mise à l'arrêt définitif » pour fin 2018.

En juin 2016, EDF a demandé une indemnisation avant que la fermeture de Fessenheim commence. Un montant fixe de 400 millions d'euros est en discussion plus une part variable dépendant des futurs prix de l’électricité et du coût de production de l’énergie nucléaire.

Présentation[modifier]

La centrale nucléaire est située sur le territoire de la commune de Fessenheim (Haut-Rhin) à quinze kilomètres au nord-est de l'unité urbaine de Mulhouse, en bordure du Grand Canal d'Alsace, entre Bâle (à quarante kilomètres en amont) et Strasbourg (à 75 kilomètres géodésiques en aval).

Environ 930 000 habitants vivent à moins de 30 km autour de Fessenheim. L'Alsace est la 3e région la plus densément peuplée de France métropolitaine après l'Île-de-France et le Nord-Pas-de-Calais. L'Alsace est une région frontalière située en plein cœur du pentagone des villes européennes : Londres-Paris-Milan-Munich-Hambourg.

Fessenheim est la plus ancienne des centrales nucléaires françaises en service. Après trente ans d'exploitation, elle a produit plus de 320 milliards de kilowatts-heures d'électricité de 1977 à début 2007.

En 2010, la production électrique s'est établie à 11 754 GW(e).h, soit 2,88 % de la production électrique d'origine nucléaire française cette année (407 900 GW(e).h), et 2,1 % de la production électrique toutes sources confondues (550 300 GW(e).h). En 2012, la centrale a produit 12 417 GWh, soit plus de 88 % de la consommation alsacienne de 2011 et 1,5 % de l'électricité française et la moitié de la production alsacienne.

La centrale verse chaque année cinquante millions d’euros d'impôts et de taxes locales.

Elle est certifiée ISO 14001 (management environnemental) depuis 2003 et OHSAS 18001 (hygiène et sécurité).

Description technique[modifier]

La centrale possède deux réacteurs à eau pressurisée (REP) à trois boucles d'une puissance électrique nette de 880 mégawatts chacun. Elle a pour modèle la centrale nucléaire de Beaver Valley aux États-Unis qui est en service depuis 1976.

La centrale de Fessenheim, comme celle du Bugey, appartient au palier dit CP0. La salle des machines est commune aux deux tranches, elle est accolée aux deux bâtiments réacteurs (voir schéma de l'architecture ci joint).

Comme les autres REP à trois boucles de 900 MW, chacune des deux tranches nucléaires de la centrale de Fessenheim comporte un réacteur qui produit l'énergie, trois générateurs de vapeur, un pressuriseur et trois pompes primaires. La chaleur produite par le cœur du réacteur est évacuée, en fonctionnement normal, par l'intermédiaire de deux circuits fermés successifs : le circuit primaire (à une température d'environ 300 °C et une pression de 155 bar) qui extrait la chaleur produite par le cœur du réacteur, puis le circuit secondaire qui récupère cette chaleur via les générateurs de vapeur ; cette chaleur est ensuite transformée pour environ 1/3 en énergie électrique par l'alternateur, le reste étant évacué via le condenseur en circuit ouvert.

Dans le cas de Fessenheim, le condenseur est alimenté par l'eau du Grand Canal d'Alsace dont le débit est suffisamment élevé pour éviter d'utiliser des tours de refroidissement.

La cuve de chaque réacteur est en acier, elle pèse environ 260 tonnes. Dans chaque cuve se trouvent environ 60 tonnes de combustible nucléaire : de l'uranium enrichi à 4,2 % (gestion combustible « cyclade »).

Sous chacun des deux réacteurs se trouve une dalle en béton armé d'une épaisseur d'un mètre - le radier - dont l'épaisseur est plus faible que sur les autres réacteurs français et jugée maintenant insuffisante pour autoriser la prolongation de l'exploitation de la centrale. C'est une des principales leçons tirées de Fukushima, avec aussi la nécessité de mettre en place une autre source froide de secours (voir ci-après « Débat sur la fermeture de la centrale »).

Deux piscines de désactivation, chacune située dans un bâtiment à combustible séparé et isolé des bâtiments réacteurs, servent au stockage sur place et au refroidissement du combustible nucléaire usé provenant des deux réacteurs, avant son évacuation vers le centre de traitement du combustible usé de la Hague.

Caractéristiques des réacteurs[modifier]

Les deux réacteurs de la centrale de Fessenheim sont les premiers modèles du palier dit CP0 (contrat palier zéro) qui comprend aussi les quatre réacteurs de la centrale du Bugey. Les chaudières nucléaires ont été construites par Framatome. Les centrales sont exploitées par EDF.

Les caractéristiques détaillées des deux réacteurs de Fessenheim sont regroupées dans le tableau suivant.

Nom du réacteur Puissance MW Début constr. Raccordement
au réseau
Mise en service
commerciale
Production cumulée
jusqu'en 2010
3e visite décennale
Thermique Électrique brute Électrique nette
Fessenheim-1 2660 MWth 920 MWe 880 MWe 1er septembre 1971 6 avril 1977 1er janvier 1978 172390 GWh(e) de oct. 2009
à mars 2010
Fessenheim-2 2660 MWth 920 MWe 880 MWe 1er février 1972 7 octobre 1977 1er avril 1978 177660 GWh(e) d'avril 2011
à mars 2012

En 2002, l'exploitant EDF a remplacé les trois générateurs de vapeur de la tranche no 1 ; les travaux ont duré 210 jours et coûté environ cent millions d'euros. En 2011/2012, EDF a également remplacé les trois générateurs de vapeur de l’unité de production no 2, ce remplacement a nécessité plus de six mois de travaux.

Historique[modifier]

Origines du projet[modifier]

Le 7 novembre 1967, le Conseil interministériel restreint sous la présidence de Charles de Gaulle a pris la décision de la mise en chantier de deux réacteurs nucléaires basés sur la technologie française uranium naturel graphite gaz (UNGG) à Fessenheim, malgré les conclusions du rapport de Pierre Cabanius et Jules Horowitz qui concluait à la supériorité économique des réacteurs à eau pressurisée (REP).

Retournement de situation le 13 novembre 1969, sous la présidence de Georges Pompidou, le Conseil interministeriel restreint arbitre définitivement en faveur de la filière REP, et EDF est autorisé en 1970 à lancer la construction de deux réacteurs REP sous licence Westinghouse Electric, à la place des deux réacteurs UNGG initialement prévus.

Construction[modifier]

La construction de la centrale, autorisée en 1970, a coûté un peu plus d'un milliard d'euros.

La centrale a été construite avec la participation financière de trois sociétés : Électricité de France (67,5 %), la société allemande EnBW (17,5 %) et un consortium suisse (NOK, EOS et BKW) (15 %). Ces sociétés disposent d’un droit de prélèvement d'électricité proportionnel à leur participation financière.

La centrale a été mise en service en 1977. Le calcul de l'amortissement prenait alors en compte une durée de vie de vingt ans.

Organisation[modifier]

La centrale a été dirigée par Jean-Philippe Bainier à partir de février 2007. Thierry Rosso l'a remplacé en janvier 2011, secondé par Stéphane Brasseur. Elle est dirigée depuis avril 2015 par Marc Simon-Jean.

La centrale emploie directement un peu moins de 800 salariés et environ 250 prestataires. En permanence, près d’une centaine de personnes est d’astreinte pour assurer la gestion technique, la mise en œuvre des moyens ou la communication.

Les visites décennales[modifier]

Tous les dix ans, chaque réacteur nucléaire doit faire l’objet d’une visite décennale, ou réexamen de sûreté.

Concernant le vieillissement de la centrale, l'ASN a d'abord émis un avis générique en 1er juillet 2009 favorable à la poursuite de l’exploitation de l'ensemble des réacteurs de 900 MWe jusqu’à 40 ans après leur première divergence, sous réserve d’une conformité au nouveau référentiel de sûreté. Le bilan des actions de maintenance réalisées pendant la troisième visite décennale de Fessenheim estime que « l'usure et le vieillissement des composants du réacteur sont conformes aux prévisions et ne présentent pas de singularité particulière » ; de ce fait aucune réserve sur cet aspect n'a été émise.

EDF a investi plus de 380 millions d’euros depuis 2009 pour les visites décennales des unités de production no 1 et no 2.

3e visite décennale du réacteur no 1[modifier]

La troisième visite décennale du réacteur numéro 1 de la centrale de Fessenheim a duré cinq mois. Commencée le 17 octobre 2009, elle s'est achevée le 24 mars 2010. La commission locale d'information et de surveillance (CLIS) de Fessenheim, une instance pilotée par le conseil général du Haut-Rhin pour informer les citoyens et permettre la concertation avec les dirigeants de la centrale et les autorités de contrôle, a par ailleurs confié au Groupement des scientifiques pour l'information sur l'énergie nucléaire (GSIEN) une évaluation de cette visite décennale. Celui-ci a rendu un rapport de 117 pages en juin 2010, stipulant que la 3e visite décennale de Fessenheim-1 ne « met pas en évidence de facteurs alarmants même si des points concernant la maintenance, la réalisation de chantiers, la formation doivent être mieux pris en compte et fortement améliorés. Toutefois certaines questions restent en suspens :

  • Par exemple, la tenue du radier en cas d'accident grave reste une question importante, et ce d'autant plus que la probabilité de ce type d'accident augmenterait en raison du vieillissement des installations et de l'augmentation du taux de combustion des combustibles.
  • La question des déchets sans filière d'élimination et dont l'entreposage sur le site de la centrale n'est pas permis par la géographie (risque d'inondation, par exemple).
  • L'augmentation des rejets de tritium liée au passage au combustible Cyclade qui entraîne l'augmentation de l'utilisation du bore.
  • Les problèmes résultant d'une installation conçue il y a plus de 40 ans. Le rajeunissement de certains équipements risque de se heurter à l'inadaptation des techniques actuelles à celles des années 60-70 ».

L'ASN a rendu public son avis consécutif à la troisième visite du réacteur no 1 de la centrale de Fessenheim le 4 juillet 2011. L'avis exprimé par l'ASN est favorable sous réserve des conclusions à venir des évaluations complémentaires de sûreté (ECS) engagées à la suite de l'accident de Fukushima, mais surtout avec l'exigence absolue de respecter les « deux prescriptions majeures suivantes :

  • Renforcer le radier du réacteur avant le 30 juin 2013, afin d’augmenter sa résistance au corium en cas d’accident grave avec percement de la cuve ;
  • Installer avant le 31 décembre 2012 des dispositions techniques de secours permettant d’évacuer durablement la puissance résiduelle en cas de perte de la source froide. »

Parallèlement à cet avis, l'ASN émet le même jour une décision qui comprend 40 prescriptions spécifiques prenant effet immédiat à compter de la notification de la décision. 29 concernent directement le réacteur no 1, dans les domaines du management de la sûreté, de la maîtrise des risques d'accidents et de la gestion et de l'élimination des déchets et des combustibles usés. 11 autres concernent les deux réacteurs.

À la suite de cet avis positif de l'ASN, le gouvernement est resté prudent, la ministre de l'écologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, soulignant que cet avis « ne valait pas prolongation ». Outre le fait que la visite décennale du réacteur no 2 doit encore être faite, le gouvernement avait indiqué fin-juin qu'il attendrait aussi les résultats mi-novembre 2011 des tests de sécurité décidés après l'accident de Fukushima (réserve qui figure également dans l'avis de l'ASN), pour se prononcer sur la prolongation de la durée de vie de la centrale.

3e visite décennale du réacteur no 2[modifier]

Il était prévu que la troisième visite décennale du réacteur numéro 2 de la centrale de Fessenheim dure près de sept mois. Commencée en avril 2011, elle devait initialement se terminer en novembre 2011. Dans le contexte post-Fukushima, l'arrêt est finalement prolongé de quelques mois. L'avis de l'ASN sur la poursuite d'exploitation de ce réacteur est émis en début 2012. Le réacteur numéro 2 est remis en service la semaine du 5 mars 2012, il n'est porté de nouveau à sa puissance maximale qu'au bout d'une semaine.

Sources[modifier]